L’ONG de défense des droits de l’homme, Human Rights Watch (HRW), a révélé, suite à des enquêtes sur le terrain, que des unités de l’armée nationale congolaise auraient soutenu des groupes armés impliqués dans de graves exactions, lors du récent conflit avec les forces rebelles du M23 dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).
HRW fait ses révélations dans un communiqué de presse qu’il a publié mardi sur son site. Selon le chercheur principal pour la RDC à l’ONG, Thomas Fessy, «des unités de l’armée congolaise recourent de nouveau à la pratique discréditée et préjudiciable consistant à utiliser des groupes armés responsables d’abus comme supplétifs».
L’ONG affirme avoir mené depuis juin, des entretiens avec cinq combattants de groupes armés, sept témoins d’abus et membres des familles de victimes, ainsi qu’avec des activistes, des responsables civils et militaires congolais, des membres du personnel des Nations Unies et des travailleurs humanitaires.
Elle informe que les 8 et 9 mai, les chefs de plusieurs groupes armés congolais, certains étant rivaux, se sont rencontrés dans la ville isolée de Pinga et ont conclu un pacte de non-agression, formant ainsi une coalition «patriotique» pour joindre leurs forces à celles de l’armée congolaise contre «l’agresseur», c’est-à-dire le M23 qui a finalement pris le contrôle d’une ville à l’Est de la RDC, avec le soutien du Rwanda, selon les autorités congolaises.
Ces groupes comprenaient l’Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS) de Janvier Karairi, la Coalition des mouvements pour le changement (CMC/FDP) de Dominique Ndaruhuste dit «Domi», la faction Nduma défense du Congo-Rénové (NDC-R) de Guidon Mwisa Shimirai et les Nyatura Abazungu de l’Alliance des nationalistes congolais pour la défense des droits humains (ANCDH/AFDP) de Jean-Marie Bonane. Tous ces groupes armés sont tristement connus pour leurs violations des droits humains dans leurs fiefs respectifs, déplore l’ONG.
Plusieurs officiers de l’armée congolaise auraient pris part à la rencontre, emmenés par le colonel Salomon Tokolonga, alors en charge des opérations et du renseignement militaire du 3411ème régiment ; ainsi que deux commandants supérieurs des FDLR. Le colonel Tokolonga aurait déclaré, par téléphone, à HRW qu’il avait assisté à la réunion de Pinga «par coïncidence», parce qu’il «[rendait] visite à des troupes déployées dans la zone».
Dans certains cas, des officiers de l’armée congolaise auraient apporté un soutien direct aux groupes armés. A titre d’exemple, des membres de l’armée congolaise, appartenant au 3411ème régiment de Tokolonga, avaient fourni plus d’une dizaine de caisses de munitions aux combattants des FDLR à Kazaroho, l’un de leurs bastions dans le Parc national des Virunga, le 21 juillet.
Deux mois plus tôt, des dizaines de combattants des FDLR et de la CMC/FDP auraient pris part à une vaste contre-offensive avec l’armée régulière dans la zone de Rumangabo et Rugari. Les FDLR sont un groupe armé rwandais à majorité hutu, dont certains dirigeants ont participé au génocide de 1994 au Rwanda. Elles s’opposent au régime de Paul Kagame.
Dans son communiqué, HRW rappelle le discours du président Félix Tshisekedi, tenu le 12 mai devant un auditoire d’officiers supérieurs de l’armée à Kinshasa le 12 mai, dans lequel il avait indiqué : «je n’accepterai pas que des individus soient en train de sortir de l’éthique pour aller combiner avec des forces négatives afin de combattre d’autres forces négatives», avant d’ajouter «on n’éteint pas le feu en jetant de l’huile au feu».
L’ONG souligne des interpellations de quelques responsables militaires survenues quelques mois après ce discours. Sans apporter une appréciation propre sur ces faits, HRW estime que «l’administration de Tshisekedi devrait effectuer une refonte du secteur de la sécurité, notamment avec l’adoption d’un plan visant à mettre fin à l’impunité pour les auteurs de graves violations des droits humains, comprenant un mécanisme d’assainissement pour l’armée et les autres services de sécurité, une entité judiciaire internationalisée et un programme complet de réparations pour les victimes d’abus».
Une telle réforme systémique, ainsi qu’un programme efficace de démobilisation des miliciens et combattants des groupes armés, devraient être au cœur des discussions régionales en cours portant sur la menace sécuritaire posée par le M23 et les autres groupes armés, a poursuivi l’ONG.
By OMA Newsletter N° 903 du 19/10/2022
Article publié sous la direction du Dr Najib Kettani
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