L’ONG Human Rights Watch (HRW) a invité, mardi 10 juillet, les autorités du Burkina Faso à ouvrir de toute urgence une enquête et révéler publiquement l’endroit où se trouvent un journaliste et deux détracteurs éminents de la junte militaire du pays.
Il s’agit du directeur d’un journal d’investigation, Serge Oulon, 39 ans ; du chroniqueur régulier de l’émission de télévision « Presse Échos » de la chaîne de télévision privée BF1, Adama Bayala, 45 ans ; et du chroniqueur de l’émission télévisée « 7Infos » sur la chaîne BF1, Kalifara Séré, tous enlevés depuis le 18 juin, en lien avec leurs écrits.
Ces enlèvements font craindre des disparitions forcées et de possibles conscriptions illégales dans les forces armées ; leurs cas semblent liés à une vague de répression menée par les autorités burkinabè qui ont sévèrement restreint les droits des activistes, des journalistes, des membres des partis d’opposition et des dissidents, souligne l’organisation.
D’après la chercheuse senior sur le Sahel à HRW, Ilaria Allegrozzi, « les arrestations arbitraires, les enlèvements et les disparitions forcées de journalistes, d’activistes et de dissidents sont devenus la nouvelle norme au Burkina Faso ». Pour elle, « la junte militaire devrait prendre des mesures immédiates pour localiser les trois individus disparus, rendre compte de leur situation et les libérer s’ils sont détenus à tort. »
Des proches et des avocats représentant Adama Bayala, Serge Oulon et Kalifara Séré ont indiqué les avoir recherchés dans différents postes de police et brigades de gendarmerie, en vain. Les autorités n’ont divulgué aucune information sur les lieux où ils sont détenus, indique aussi l’ONG.
Elle souligne également que les enlèvements de ces trois hommes sont intervenus dans un contexte de signalements de plus en plus nombreux de cas où les forces de sécurité burkinabè ont intimidé, détenu arbitrairement, fait disparaître de force et conscrit illégalement des journalistes, des défenseurs des droits humains, des opposants politiques et des dissidents.
Même si les gouvernements sont habilités à conscrire des membres de la population civile âgés de 18 ans et plus pour la défense nationale, la conscription doit être autorisée et être conforme au droit national. La loi sur la conscription doit être appliquée de manière à ce que le conscrit potentiel soit informé de la durée du service militaire et qu’il ait la possibilité de contester l’obligation de servir à ce moment-là, interpelle Human Rights Watch.
Le Burkina Faso est un État partie à la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, rappelle l’organisation qui déplore aussi le fait que la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), basée à Banjul (Gambie) ait tenu quatre sessions ordinaires entre août 2023 et juin 2024, sans adopter une seule résolution sur la dégradation de la situation des droits humains au Burkina Faso.
« La Commission africaine devrait rompre son silence inexplicable concernant l’assaut croissant de la junte burkinabè contre la liberté de la presse », et « adopter de toute urgence une résolution appelant les autorités militaires à respecter les droits des journalistes et des détracteurs conformément à leurs obligations en vertu de la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples », conclu Ilaria Allegrozzi.
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