La ville de Tanger situé au nord du Maroc a accueilli, du 7 au 10 mai 2024, les travaux du Congrès international des 70 Femmes d’expertises d’Afrique, organisé par Femme d’expertise avec l’appui de l’OMA, sous le thème «L’enjeu de la performance des entreprises africaines au sein de la ZLECAF». La rencontre a enregistré la présence de nombreuses personnalités féminines de divers horizons, et des représentants du monde des affaires, des institutions professionnelles ou encore de la société civile. Parmi les intervenants figure le Pr Saadia CHABEL, enseignant Chercheur à l´Ecole Supérieure de Technologie Guelmim, dont ci-dessous le texte de son intervention.
Naviguer vers l’avenir : Perspectives de la logistique de transport dans la ZLECAF
La compétitivité implique une adaptation constante aux nouvelles règles du marché, ce qui est crucial pour toutes les organisations et économies, y compris dans le domaine de la logistique de transport. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), initiée en mars 2018, cherche à créer le plus grand marché de libre-échange mondial, en supprimant les barrières tarifaires et non tarifaires et en uniformisant les normes à travers l’Afrique. Bien que beaucoup de pays africains bénéficient déjà de tarifs préférentiels au sein de leurs communautés économiques régionales, les barrières non tarifaires, notamment logistiques, demeurent un défi majeur.
Le secteur de la logistique de transport a connu d’importantes mutations, passant d’une approche transactionnelle à une approche de réseau, avec une intégration inter-organisationnelle croissante. Cette transformation est illustrée par la conteneurisation et l’essor du transport multimodal, combinant maritime, ferroviaire, routier et fluvial, facilitant ainsi les échanges internationaux et le développement des échanges intra-africains. Les mutations ne se limitent pas aux techniques mais touchent aussi l’organisationnelle, nécessitant des navires et des opérateurs plus grands pour réaliser les économies d’échelle.
Face aux défis logistiques, la ZLECAF a la possibilité de transformer ces obstacles en opportunités. Les réformes commerciales proposées, telles que la simplification des échanges par des infrastructures modernes et une meilleure intégration des processus numériques, sont essentielles pour améliorer la compétitivité. L’investissement dans des infrastructures physiques et numériques robustes, comme les grands ports capables d’accueillir de vastes navires et plus de conteneurs, est crucial. Seuls quelques pays africains, comme l’Égypte, le Maroc et l’Afrique du Sud, dominent actuellement ce secteur.
Le commerce intra-africain reste limité, avec des exportations diversifiées mais concentrées principalement dans quelques économies majeures. La faible industrialisation limite la valeur ajoutée régionale, positionnant le continent derrière d’autres régions en termes d’innovation technologique dans les exportations. Pourtant, avec des politiques adaptées, la ZLECAF peut stimuler une transformation structurelle significative, en favorisant l’industrialisation et en renforçant les échanges commerciaux à travers le continent. Les réformes doivent inclure un soutien aux PME pour améliorer leurs capacités de production et s’adapter aux normes internationales, ainsi qu’une coopération Sud-Sud renforcée.
En conclusion, la ZLECAF représente une opportunité de développement économique substantielle pour l’Afrique si elle parvient à surmonter les défis logistiques et infrastructurels et à implémenter efficacement les réformes commerciales nécessaires. Les projections suggèrent que ces améliorations pourraient grandement augmenter le commerce intra-africain, propulsant ainsi le développement économique du continent basé sur des partenariats public-privé.
Pr Saadia CHABEL:Enseignant Chercheur à l´Ecole Supérieure de Technologie Guelmim







